Jean-Baptiste Forest et la construction du canal maritime de la Basse-Loire

Sa construction a nécessité 10 ans de travaux, entre 1882 et 1892, et jusqu'à 1200 hommes dont  mon arrière- grand-père Jean-Baptiste Forest .

 

Jean-Baptiste est né le 10 août 1859 à la Chevalerais à Frossay, commune qui se situe sur la rive sud de l'estuaire de la Loire à 25 kms de Saint-Nazaire et à 40 kms de Nantes. Il perd sa maman Jeanne Foucher à l'âge de 9 ans et continue de vivre ensuite avec son père aussi dénommé Jean-Baptiste, sa sœur Marie-Pauline, son aînée de trois ans, ainsi qu' avec Jeanne Philomène et Pierre Augustin ses demi-frère et demi-sœur issus de l'union de son père  avec sa première épouse Jeanne Béchu.

 

 Au mariage de sa sœur Marie-Pauline avec Henri Pierre Gontreau le 21 avril 1882, suivi  de la mort de leur père 3 jours après, Jean-Baptiste quitte la maison familiale qui sera dès lors occupée uniquement par le ménage de sa sœur.  Orphelin et célibataire à 23 ans, il se place comme domestique  auprès de Marie Lucas,  veuve, et de sa fille Constance et exerce le métier de cultivateur. Elles résident  dans le hameau de La Cheminandais situé non loin de la Chevalerais. Puis à partir de 1889, on le trouve à la Roche, autre village de Frossay,  chez l'herbager Charles Lucas et sa grande famille de 8 enfants. Et cela ne semble pas être  un hasard. A la Roche, sont réunis plusieurs membres de la famille de Jean-Baptiste Forest : son oncle Pierre Forest (cultivateur) marié à Marie Métayer et leurs enfants Marie-Madeleine elle- même mariée à Julien Aubinais (cultivateur) et Pierre,  un de ses petits cousins Louis Forest (terrassier) marié à Jeanne Gineau et leurs enfants, sa soeur Jeanne Philomène Forest (aubergiste) mariée à Jean-Baptiste Joulin et leurs enfants. La solidarité familiale  doit faire se sentir Jean-Baptiste moins seul.

 

Je ne connais pas avec exactitude les années durant lesquelles mon arrière grand-père participa au creusement du canal. Probablement entre 1889 et 1892.  En effet, à cette période, il habite à la Roche, théâtre des opérations de sa construction. Toujours est-il que ce chantier amène du nouveau personnel de toute l'Europe. Un grand nombre d'italiens parmi les chefs de chantier et d'escouade dont M. Perozotti  chef de chantier au Migron et que Jean-Baptiste a sûrement  connu. C'est dans la catégorie des ouvriers qualifiés que l'on trouve le plus d'étrangers : outre les italiens  majoritaires, les belges, les luxembourgeois, les hollandais, les autrichiens et les espagnols sont également bien présents. Les manœuvres composent la majorité des effectifs et viennent des communes riveraines, comme Jean-Baptiste, et aussi d'Ille et Vilaine, des Côtes d'Armor et de la Mayenne. Ils sont employés aux travaux de terrassement et dans les carrières.

 

A l'occasion de ces travaux, Jean-Baptiste fait la connaissance de Marie-Anne Guillou,  avec laquelle il convolera en juste noce en 1894. Ils se rencontrèrent dans une des 7 cantines de la Roche du Migron (dont trois faisaient aussi épicerie), où elle aidait au service, implantées temporairement dans des bâtiments en bois aux abords des chantiers, en raison de l'arrivée en masse des nombreux ouvriers. C'est ce que propose  comme pis-aller l'administration afin de régler la question de la restauration. En plus de ces cantines,  on dénombre, en 1891,  trois aubergistes au Migron : Jeanne Joulin, soeur de Jean-Baptiste Forest, le beau-frère de celle-ci, Marcelin Joulin et un certain Julien Avenard.

 

Bien que Marie-Anne Guillou ait son foyer à Arthon-en-Retz, sa tante Jeanne Françoise Guillou et son oncle par alliance Louis Foucher, l'accueillent chez eux au Grand Patureau à Frossay. Le couple n'a pas d'enfants et Marie-Anne hérite de la maison du Grand Patureau à leur décès. C'est à cet endroit que naîtront tous les enfants de Jean-Baptiste et de Marie Anne, dont mon grand-père Augustin Forest. C'est aussi en ce lieu, devenu  notre "maison de campagne" pendant quelques années, que j'ai  passé plusieurs étés, en vacances, petite fille, avec mon frère et mes parents.

 

Anne Forest

 


La Roche du Migron

Aujourd'hui la Roche et le Migron sont deux lieux-dits bien distincts faisant partie intégrante de la commune de Frossay. Mais au XIXème siècle, les deux villages,  situés sur les bords de la Loire, (avant la construction du canal) ne faisaient qu'un, que l'on appelait La Roche du Migron.  Si l'on remonte jusqu'au Moyen Age, il s'agit du lieu originel d'implantation de la population locale. La Roche du Migron était alors un petit port composé essentiellement de marins pêcheurs. Cependant les invasions normandes  sur la Loire apportant pillages et rapines incitèrent les habitants à s'implanter, à 2kms de là, sur le point culminant de la région, à savoir ce qui allait constituer l'actuel bourg de Frossay. Au XIXème siècle, la Roche du Migron pouvait  s’enorgueillir de trois moulins; ses habitants pratiquaient la pêche (crevettes grises, plies...) et également  l'élevage de bovins. Les herbagers, avant la construction du pont, emmenaient leurs vaches en barque matin et soir afin qu'elles puissent paître sur les îles. Ainsi le lien entre les activités agricoles et la Loire était-il omniprésent.


Le canal maritime de la Basse-Loire

 Long de 15 kilomètres, le canal maritime de la Basse-Loire s'étend de l'écluse du Carnet à Frossay (en amont) à celle de la Martinière, sur la commune du Pellerin (en aval). On lui attribue souvent les noms de Canal du Migron et Canal de la Martinière, en référence aux villages qu'il traverse.  

Au XIXème siècle, l‘estuaire de la Loire était parsemé d' îles et de bancs de sable qui empêchaient les bateaux de naviguer jusqu'à Nantes. C'est pourquoi, en 1882, les négociants et les armateurs nantais ainsi que les élus du département   décidèrent de faire creuser un canal pour permettre le contournement de ces îles et ainsi maintenir les échanges commerciaux qui garantissaient la prospérité du port de Nantes. 

Le canal est mis en service le 1er septembre  1892 et pendant 20 ans il voit passer plus de 10 000 navires : les derniers de la marine à voile (trois mâts et voiliers dont le Belem) et les premiers cargos. En 1913, c'est la fermeture du canal à la grande navigation. Il devient rapidement insuffisant en raison du développement de la taille des navires. Dans le même temps, le progrès technologique permet  le dragage du chenal naturel en Loire.

Une intense activité de  batellerie perdura jusqu’en 1943.  Les bateliers avec leurs chevaux amenaient du foin, des céréales et des briques vers Nantes. Entre 1913 et 1927, le canal servit aussi d'espace de désarmement : 45 trois-mâts, 3 quatre-mâts et 6 vapeurs ont attendu leur démolition.





Les travaux du canal maritime de la Basse Loire en images

Sources iconographiques

-Collection personnelle

-Archives Départementales de la Loire Atlantique

-Anne Vauthier-Vézier 

-le blog de Framboise : 

http://framboise-pornic.eklablog.com

 

Pour en savoir plus...

-Site Internet de la société des historiens du Pays de Retz : www.shpr.fr

-Site Internet de l’Association Culturelle du Canal Maritime de la Basse Loire (ACCAM) :

 www.canal-maritime-basse-loire.fr

- L'estuaire et le port : l'identité maritime de Nantes au XIXeme siècle - Anne Vauthier-Vézier - PUR 2015

-Article de presse "Quelques notes sur l'histoire de Frossay" de L' Ouest- Eclair du 16 août 1937 


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