Montre-moi ta coiffe et je te dirai qui tu es !

Élément incontournable de la parure féminine de nos anciennes provinces françaises et plus particulièrement de la Bretagne, la coiffe se prête à des formes diverses et variées où la créativité n'a eu de cesse de s'inventer. A la lumière de sources photographiques familiales et de cartes postales anciennes, seront décrits quelques modèles de coiffes bretonnes.

A l'origine, les coiffes dissimulent les cheveux en signe de pudeur, afin de respecter l’ordre moral imposé par la religion catholique, et protègent la tête pendant les journées de travail. Au fil du temps, elles sont devenues un véritable objet esthétique pour finir par mourir car les femmes se sont émancipées et ont voulu s'en libérer. L'identification d'une coiffe permet de connaître le lieu de vie (origine géographique), le milieu social (métiers) de  la femme qui la porte  et le contexte : cérémonie, deuil, travail, ... Ainsi en Bretagne, on ne compte pas moins de 700 coiffes différentes ! Et autant de noms, parfois très poétiques, pour les désigner.  Le port de la  coiffe remonte à des temps immémoriaux mais connaît une évolution  tendant à sa simplification durant la seconde moitié du XIXème siècle jusqu'à sa disparition, variable dans le temps, en fonction des pays de Bretagne, entre la fin du XIXème siècle et le milieu du XXème siècle.

1-Le coq ou loq de la rive droite de la Rance

Archives familiales. Photo  prise en studio probablement à Dinan au début du XXème  siècle.
Archives familiales. Photo prise en studio probablement à Dinan au début du XXème siècle.

Mon  arrière grand-mère Augustine Porcon ( à droite sur la photo) domiciliée à Pleudihen-sur-Rance (situé sur la rive droite de la Rance) et sa sœur Eugénie posent ici  avec leurs plus beaux atours chez un photographe. Assurément quelque mois avant le  mariage d'Augustine avec Marie-Ange Le Dévic en 1916. En effet, pour la cérémonie de son mariage, Augustine a délaissé sa coiffe pour un voile. Ainsi, dans le Poudouvre, à la fin de la Première Guerre Mondiale, les jeunes femmes ne portent déjà plus la coiffe.

La coiffe d'Augustine s’apparente au coq ou loq.  Apparu dans la première moitié du XIXe siècle, le loq serait la première coiffe caractéristique des bords de Rance et plus particulièrement de la rive droite. Deux tresses se croisent en bas de la nuque et sont ensuite remontées ensemble sur le haut de la tête. Un bonnet recouvre ensuite le sommet de la tête, un lien resserre l’ensemble et une mentonnière vient se nouer sur le côté gauche du visage. La coiffe est ensuite posée sur cette ensemble, les deux ailes sont alors rebrassées et épinglées bout à bout entre elles à l’arrière. Le fond de la coiffe  est particulièrement remarquable avec sa série de petits plis, qui lui donne l’allure d’une crête de coq (d'où la dénomination de la coiffe). Enfin, pour finir l’ensemble un ruban libre de satin est ajouté à l’arrière de la coiffe et vient pendre élégamment dans le dos.  

A noter qu' Eugénie est parée d'une autre sorte de coiffe que sa soeur car elle n'habite pas à Pleudihen-sur-Rance mais à Miniac-Morvan.                                       

La coiffe "coq" de Saint-Suliac vue de trois quart.

Carte postale- Collection privée- Début XXème siècle.

Il s'agit de la même mode que celle de Pleudihen, Saint Suliac se trouvant juste un peu plus au nord toujours le long de la rive droite de la Rance.

2- La  coiffe en carène ou barque renversée de la rive gauche de la Rance

Archives familiales- Photo prise en studio fin XIXeme ou début XXeme siècle (restaurée et numérisée en 2017).
Archives familiales- Photo prise en studio fin XIXeme ou début XXeme siècle (restaurée et numérisée en 2017).

Il s'agit d'une photo de mon arrière-grand-mère, Marie Louise Latinier, avec son mari, François Gilbert, prise  quelques années après leur mariage (1898), à Plélan-le-Petit. Bien que Marie-Louise soit originaire de Mégrit,  sa coiffe s'attache à la mode de Trigavou et de Pleslin,  communes situées à l'intérieur des terres, la même que celle de Plélan-le-Petit  car là est désormais son lieu de vie. Sur sa photo de mariage, Marie-Louise porte une autre coiffe : celle de Mégrit. Ainsi en fonction des changements de lieux au cours d'une vie, la coiffe de sa propriétaire va s'adapter.

La particularité de la coiffe en carène  tient à son fond, constitué de deux triangles de tissu piqué cousus par une couture médiane; il rappelle la forme d’une barque renversée. Cette coiffe était portée sur un bonnet de dessous, maintenu par une bride passant sous le cou et nouée sur la tempe. La coiffe en carène est l'ultime métamorphose du coq avant leur disparition totale du Poudouvre. 

A travers les exemples des coiffes de mes deux arrière grand-mères, on se rend bien compte  que la coiffe en carène est la déclinaison simplifiée du coq et que les deux coiffes sont constituées des mêmes éléments plus ou moins volumineux. On entre là dans des spécificités assez pointues qui  coexistent cependant durant les mêmes périodes.

La coiffe en carène de Pleslin vue de dos.

Carte Postale - Collection privée - Début XXème siècle.

3-La câline de travail du Pays de Retz

Archives familiales.  Photo sans doute non professionnelle prise sur le lieu de vie  à Frossay au milieu XXème siècle
Archives familiales. Photo sans doute non professionnelle prise sur le lieu de vie à Frossay au milieu XXème siècle

Mon arrière-grand-mère Anne Guillou, native d'Arthon en Retz, cultivatrice et épouse de Jean-Baptiste Forest a vécu la majeur partie de son existence à Frossay au Grand Patureau. Cette scène de la vie quotidienne la présente dans sa cour en train de filer la laine au rouet à un âge déjà avancé probablement dans les années 40 (elle est décédée en 1947).

Sa coiffe de tous les jours, la câline, en toile de coton, est portée sur ses cheveux tirés en chignon. Elle possède un fond plus ou moins pointu, une passe, un devant de coiffe et pour certaines un dalais ce qui n'est pas le cas ici pour Anne. Le dalais est une petite bande de dentelle galonnant le fond de la coiffe et faisant office de bavolet.

A noter que mon autre arrière-grand-mère de la branche paternelle, Augustine Volard native de Corsept, tailleuse puis épicière, n'a, à ma connaissance, jamais porté la coiffe.

4-La kornek du pays de Baud

Collection personnelle. Carte postale datant du début du XXème siècle. Photo prise à Colpo près de Locminé représentant deux couples en extérieur au moment de leur mariage.
Collection personnelle. Carte postale datant du début du XXème siècle. Photo prise à Colpo près de Locminé représentant deux couples en extérieur au moment de leur mariage.

Il me semble intéressant de présenter cette coiffe car même si elle n'a pas été portée par mes ancêtres féminines en ligne directe, elle l'a certainement été par la mère et les soeurs de François-Marie Le Dévic, mon arrière arrière grand père morbihannais, et leurs descendantes.

Ainsi on peut tout à fait imaginer ici le mariage de Jeanne Kerduel et de René Le Devic en 1840 ou bien celui d'Anne Le Dévic avec Charles Rault en 1872 à Moustoir-Ac.

Les mariées portent la coiffe de grande cérémonie de la mode de Baud c'est à dire la kornek. Surmontée de deux petites cornes, elle est munie de très longues ailes rattachées entre elles par une couture sous la nuque pour les maintenir derrière le dos. Les ailes vont diminuer en longueur ( plus que 60cm vers 1880) et elles vont s'orner sur l'arrière de fines broderies aux motifs floraux et de dentelles sur le pourtour à partir de 1870. Au du début du XXeme siècle, la broderie en mousseline, en tulle ou en filet très fin, va gagner du terrain.

Anne Forest

Le port de la coiffe et du chapeau : entre tradition et modernité en pays de Retz et en pays de Baud

Collection personnelle. Cartes postales datant du début début du XXeme siècle. Scènes de marché, portraits, de Corsept, Pornic, Locminé, illustrant la diversité des coiffes.


Sources bibliographiques

-Bretonnes Charles Fréger Actes Sud juin 2015

-Coiffes de Bretagne Yann Guesdon Coop Breizh 2014


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Commentaires : 4
  • #1

    BACQUER Joël (lundi, 02 octobre 2017 11:38)

    Quelques coiffes du canton de Rostrenen
    https://cgma.wordpress.com/?s=Expo+2016+%3A+la+coiffe+%C2%AB+fisel+%C2%BB+%28
    Bonne continuation
    Demain votre article sera sur mon blog

  • #2

    Anne Forest (lundi, 02 octobre 2017 12:21)

    Bonjour,

    Je vous remercie de votre message. C'est avec plaisir que je vais aller consulter votre article sur les coiffes de Rostrenen.

    Bien cordialement.

  • #3

    forest Jean Paul (lundi, 02 octobre 2017 16:32)

    Cela m'a fait plaisir de voir ma grand'mère que j'ai peu connue
    cela me ravive le souvenir que j'ai d'elle

  • #4

    Anne Forest (lundi, 02 octobre 2017 16:45)

    Bonjour Papa,

    Si tu as d'autres souvenirs qui te reviennent et que tu souhaiterais que j'évoque, n'hésite pas ! ;-)

    A bientôt