En route pour Saint-Pierre-et-Miquelon...

Par Anne Forest

 

L'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, possession française depuis le 16ème siècle, a été le lieu de vie à la fois temporaire et saisonnier de plusieurs de mes ancêtres et des membres de ma famille Gilbert et Le Dévic, et particulièrement celui de mon arrière-grand-père François Désiré Amateur Gilbert. Alors, avant de vous raconter leurs aventures mouvementées, parfois tragiques, nous allons faire un stop et planter le décor de ces îles du bout du monde, en pleine Atlantique Nord.

L'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est situé sous la même latitude que celle de Nantes mais une distance de  4500 km, d'est en ouest de l'Océan Atlantique, le sépare des côtes bretonnes de l'hexagone. Il se trouve  à l'avant-poste du continent nord-américain, face au Canada, à l'entrée du Golfe de Saint Laurent, et à 25 km au sud-ouest de Terre-Neuve. L’île Verte appartenant à l'archipel de Saint-Pierre-et- Miquelon, délimite la frontière entre la collectivité territoriale française et le Canada. 

Carte extraite du site internet de la revue Norois
Carte extraite du site internet de la revue Norois

L’archipel est constitué de 8 îles totalisant une surface de 242 km2. Aujourd'hui seules deux d'entre elles sont habitées et ont été instituées en commune par l’État français. Saint- Pierre (26 km2) la plus petite et la plus peuplée (6500 habitants) est le centre commercial et administratif de l'archipel. Miquelon-Langlade la plus grande et la plus sauvage, est en réalité composée de deux îles, Miquelon (110 km2 et 700 habitants) et Langlade (91 km2 sans habitation permanente) reliées par un isthme sablonneux de 12 km de long avec dans sa partie nord une lagune salée : le grand Barachois. A Miquelon-Langlade, on trouve de la pêche quoique bien réduite depuis la seconde moitié du 20ème siècle avec  une vingtaine de bateaux de pêche artisanaux, dont les prises sont de l'ordre de 1 400 tonnes par an, plus à l'occasion des navires de grande pêche, qui apportent 1 800 t de plus, et quelques ateliers de morues salées. L'agriculture, assez anecdotique comprend  un élevage de canards et de poulets, 400 moutons et une vingtaine de bovins et de la culture sous serre de laitue et de tomates. Enfin de nombreuses résidences secondaires parsèment Miquelon-Langlade car  c'est le lieu de villégiature estival préféré des Saint-Pierrais.

 

A cela s'ajoute l'île aux Marins (0,5 km2), anciennement nommée l'île aux Chiens. Elle a compté jusqu'à 600 habitants au début du XXème siècle et était considérée comme une annexe du port de Saint Pierre pour les activités liées à la pêche à la morue. Elle fut le théâtre d'un fait divers en 1888 qui inspira le film La veuve Saint-Pierre de Patrice Leconte avec Juliette Binoche.  Et en dernier ressort, les confettis appelés  l'île aux Pigeons, l'île aux Vainqueurs, l'île du Grand-Colombier, l'île des Veaux-Marins et l'île Verte affleurent l'immensité océanique à proximité de l’île Saint-Pierre.

Chromo de Saint-Pierre- et- Miquelon. 1ere moitié 20eme siècle. Collection personnelle.
Chromo de Saint-Pierre- et- Miquelon. 1ere moitié 20eme siècle. Collection personnelle.

Le territoire de l'archipel appartient au même ensemble géologique que le sud-ouest de Terre-Neuve, et au système appalachien. Le relief, qui culmine à 240 m au morne de la Grande Montagne (Miquelon) et dépasse à peine 200 m à Saint-Pierre, 170 m à Langlade, a été aplani et taraudé par l'érosion de la calotte glaciaire quaternaire. L'archipel possède une végétation assez rase composée de pelouses, bruyères et arbrisseaux à baie et héberge de nombreux oiseaux, dont le macareux arctique sur l'île du Grand-Colombier. Il est fréquenté par des homards et des phoques. 

L'archipel est soumis à un climat assez rude en raison du courant froid du Labrador. Sans,  être polaire pour autant, il n'en demeure pas moins assez peu accueillant. Il faut compter sur de nombreux jours de pluie et de brumes, des étés frais autour de 20°C, des hivers bien marqués, trois mois de neige à partir de Noël, 120 jours de gel par an. Le port de Saint-Pierre reste à peu près libre de glaces même en hiver, ce que dément, la photo ci-dessous, prise au début du 20ème siècle au niveau du phare de la Pointe aux Canons, situé à l'entrée du port de Saint-Pierre. Peut-être une des conséquences du réchauffement climatique !

Collection privée. Le phare de la Pointe aux Canons Saint-Pierre-L'hiver début 20ème siècle.
Collection privée. Le phare de la Pointe aux Canons Saint-Pierre-L'hiver début 20ème siècle.

Il suffit d'observer attentivement le drapeau de Saint-Pierre-et-Miquelon pour se rendre compte de la diversité géographique de la population locale. Sont représentées sur le côté gauche, du haut vers le bas, les bannières du Pays Basque, de la Bretagne et de la Normandie.

Ainsi le fond de peuplement de l'archipel est issu de basques, de bretons et de normands immigrés, qui ont trouvé à leur arrivée sur l’archipel des populations indigènes amérindiennes : les Béothuks ("Amérindien rouge de Terre-Neuve") dont la présence est attestée depuis -200 avant JC. Ils furent chassés de Terre-Neuve par les Européens lorsque ceux-ci colonisèrent le territoire au début du 15ème siècle avec l'aide d'une autre population amérindienne :  les Micmacs. Les acadiens réfugiés car éjectés du Canada au milieu du 18eme siècle lors du "Grand Dérangement" et les québécois participèrent également au peuplement. Ainsi, ne vous étonnez pas de croiser sur votre chemin dans les rues de Saint-Pierre en 1907, une  Fanny Quirck née à Saint-Laurent à Terre-Neuve province du Canada, un René Collet né à Ploubalay dans les Côtes d'Armor, un Jean-Baptiste Olaisola né à Bidart dans les Pyrénées Atlantique, un Henri Langronne né à Granville dans La Manche, une Marie Hepdich née à Lamine à Terre-Neuve, une Marthe Brown née à Burin à Terre-Neuve, sans compter les natifs de Saint-Pierre-et-Miquelon depuis plusieurs générations qui se sont mélangés au gré des alliances matrimoniales.

Autant dire que le français de Saint-Pierre-et-Miquelon est mâtiné de toutes ces influences avec des expressions uniques au monde et que l'accent à Saint-Pierre est bien différent de celui de Miquelon.

Petit florilège

 -Tiens, il tombe des bérets basques (il tombe des gros flocons de neige),

 -Attention y a du poudrin de choquette (blizzard),

 -T'es bien paqué (tu es couvert chaudement),

 -Tu vas ramasser des vignettes (tu vas à la pêche aux bigorneaux),

 -T'as mis le shuk sur ta voiture ? (le starter)


 

Avant toute exploration officielle, des pêcheurs bretons et normands s’établirent vers 1504 sur une base saisonnière à Saint-Pierre et vinrent pêcher dans les eaux de Terre-Neuve où la morue était abondante. Des basques sont venus chasser la baleine sur les bancs de Terre-Neuve à la même époque. Mais c’est le navigateur portugais João Alvares Fagundes qui, après avoir abordé les côtes de la Nouvelle-Écosse, le golfe Saint-Laurent et la côte sud de Terre-Neuve, découvrit officiellement, le 21 octobre 1520, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon qu’il appela alors l’île des Onze Mille Vierges, en souvenir d’une légende attribuée à sainte Ursule et à ses compagnes.

Les Portugais ne conservèrent pas longtemps ces îles qui furent débaptisées avec l’apparition sur les cartes marines en 1530 de l'appellation des îles de Saint-Pierre. Finalement, c'est Jacques Cartier qui en prit possession au nom du roi de France François Ier en 1535.

Elles ont subi de nombreuses incursions, surtout anglaises, et ont même été attribuées en 1713 à l'Angleterre par le traité d'Utrecht, avant d'être rendues à la France en 1763 par le traité de Paris. Les Anglais sont revenus à la faveur des guerres et de la Révolution, d'abord de 1778 à 1783, puis de 1793 à 1802, et encore à l'époque napoléonienne; finalement l'archipel ne fut définitivement français qu'en 1816.

C’est à partir de la seconde moitié du 19ème siècle jusqu’au milieu du 20ème siècle que Saint-Pierre-et-Miquelon prospéra avec les activités liées à la pêche à la morue qui s'accompagna d'un accroissement conséquent de sa population.

 

Collection personnelle. La Haute ville et la rade de Saint-Pierre. Début 20ème siècle.
Collection personnelle. La Haute ville et la rade de Saint-Pierre. Début 20ème siècle.
Collection personnelle. Saint Pierre et la rade. Milieu du 20ème siècle.
Collection personnelle. Saint Pierre et la rade. Milieu du 20ème siècle.

Bibliographie

Le recensement de la population à Saint-Pierre et Miquelon en 2006. INSEE Première n°1778 Février 2008.

 


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Commentaires : 7
  • #1

    Stephanie Omvlee-Debilde (samedi, 02 décembre 2017 07:05)

    C’est super Anne. Quel voyage dans le temps et l’espace! Merci.

  • #2

    Chanu Françoise (samedi, 02 décembre 2017 18:22)

    Très intéressant et enrichissant. Me permets tu d'extraire certains termes si poétiques pour alimenter mes chroniques quotidiennes? Quel plaisir à l'oreille le shuck!
    Sinon, ne nous vieillissons pas prématurément...Nous sommes encore en 2017 et pas en 2018! Promis Anne, nous allons enterrer 2017 sans remords et sans regrets. Foi de voisine!

  • #3

    Anne Forest (dimanche, 03 décembre 2017 12:39)

    Bonjour Stéphanie,

    Ravie que cela te plaise. J'espère que tu vas bien.

    Bises

  • #4

    Anne Forest (dimanche, 03 décembre 2017 12:42)

    Bonjour Françoise,

    Merci pour ton commentaire. Ces expressions saint- pierraises sont à ta disposition. Oups, un lapsus révélateur sur mon envie d'être en 2018 !

    Bises

  • #5

    Nelly Le Dévic (mercredi, 06 décembre 2017 14:43)

    Très cool et fouillé, merci :-)

  • #6

    Anne Forest (mercredi, 06 décembre 2017 15:43)

    Merci Nelly de ton passage et de ton commentaire.
    Bises

  • #7

    Vanessa Roussière (jeudi, 14 décembre 2017 23:05)

    Magnifique travail de recherche que tu nous donnes à voir !
    Bel hommage à toutes ces générations qui t'ont précédée .
    Tu nous fais voyager, merci Anne.