" Bécassine, c'est ma cousine ! "

Ces paroles d'un des "tubes"  de Chantal Goya ont été entonnées  par  des millions de bambins  en France à la fin des années 70.  Et, j'étais de ceux-là, à pousser la chansonnette lors des goûters d'anniversaire!

 

La jeune bretonne Bécassine est née en 1905, de l'imagination de Jacqueline Rivière la rédactrice en chef du journal La semaine de Suzette, magazine pour fillettes bien élevées de 8 à 14 ans. Dessinée par le coup de crayon d'Emile Joseph Porphyre Pinchon, elle a traversé le XXème siècle sans prendre une ride. D'ailleurs, le réalisateur Denis Podalydès ne s'y est pas trompé et a porté  avec succès la populaire Bécassine à l'écran, film sorti en salles  le 20 juin dernier.

  

Et pourtant l'existence de Bécassine n'a tenu qu'à un fil ou plutôt qu'à la défection d'un auteur malade laissant une page blanche dans le journal La Semaine de Suzette du 2 février 1905.  Pour la remplir, la rédactrice en chef parisienne eût l'idée de raconter les dernières gaffes de sa bonne bretonne à travers la création d'un personnage de fiction : Bécassine. Rien d'exceptionnel à cela ! En effet, au début du XXème siècle en France, il est tout à fait courant d'avoir à son service une domesticité paysanne dans les familles bourgeoises et aristocrates des grandes villes et qui plus est à Paris : il s'agit d'un des effets du phénomène de l'exode rural. Le marché du travail des domestiques, autrement appelés employés de maison, à Paris jusqu'à la fin des années 30, est très favorable à l'emploi car la demande est nettement supérieure aux offres. C'est pourquoi un grand nombre de jeunes filles en provenance de Bretagne, sans compter celles venant des autres régions de France, débarquèrent à Paris par vagues successives. Attirées par la ville lumière, elles espéraient pouvoir cumuler suffisamment de gages afin de se constituer une dot confortable pour trouver à se marier, le placement comme domestique étant envisagé la plupart du temps comme temporaire. L’inégalité d’accès aux commodités du modernisme (eau courante, électricité, téléphone, automobile, etc…) et à l'école entre citadins et campagnards, à l’aube du siècle dernier était criante. La confrontation entre ces deux mondes sert de prétexte pour entraîner Bécassine, bonne au service de la marquise de Grand-Air, dans des intrigues tragi-comiques au cours desquelles elle retombe toujours sur ses pieds, pour notre plus grand plaisir. Editées en 26 albums de 1913 à 1939, ces histoires on été écrites par Caumery, pseudonyme de Maurice Languereau. 

 

Alors, même si Bécassine, de son état civil Annaïk Labornez, née dans le Finistère sud, à Clocher-les-Bécasses, est bien identifiée comme bretonne, elle s'apparente à ces jeunes paysannes françaises, du début du siècle dernier, rêvant d'un avenir meilleur et prêtes à "monter à la capitale" souvent pour alléger  le fardeau de leur famille modeste si ce n'est pauvre. D'ailleurs,  les puristes remarqueront que Bécassine n'est pas vêtue à la mode de Bretagne mais qu'elle porte une tenue picarde (d'où était originaire Joseph Pinchon). De plus, son surnom n'évoque pas la Bretagne. Il a été choisi en référence à ces oiseaux voyageurs, les bécasses dont les vols migratoires traversent la France de part en part. Et si finalement, pour qui le veut bien, Bécassine était notre cousine et notre amie à tous ?

 

Anne Forest

Cinq bonnes raisons d'aimer Bécassine

1-Avant-gardiste, Bécassine

incarne la première héroïne de la BD moderne dont s'est inspiré Hergé pour créer Tintin. Joseph Pinchon est l'un des pionniers de "la ligne clair", conséquence de l’évolution technologique de l’imprimerie. Les aquarelles avec toutes leurs nuances devenant trop coûteuses à reproduire, l’illustrateur privilégia les aplats de couleurs. Par ailleurs, Joseph Pinchon adopta une façon de dessiner très réaliste et non plus grotesque comme la plupart des publications enfantine de l’époque.

 

2- Témoin de son temps,  Bécassine a connu les drames de la "Grande guerre" et de la suivante, s'est adaptée aux mutations sociales, technologiques et économiques, conduisant des voitures, pilotant des avions, et s'est essayé à mille métiers (cf.  Bécassine en aéroplane, Bécassine pendant la Guerre, Bécassine chez les alliés, Bécassine mobilisée ...). 

 

3-Globe-trotteuse et intrépide, 25 ans avant le reporter Tintin, Bécassine a fait le tour du monde  (cf : Bécassine voyage, Bécassine chez les Turcs, Bécassine au Pays Basque, Bécassine dans la neige, Bécassine en croisière...).

 

4-Attachante avec sa petite protégée, Louise Charlotte dite Loulotte,  orpheline bretonne ayant perdu ses parents de la grippe espagnole et que la marquise de Grand-Air a recueillie. Bécassine, plus qu’une nourrice, lui prodigue l'amour maternel dont elle a besoin (cf.  Bécassine nourrice).

 

5-Surprenante. Bécassine, loin d’être niaise et stupide, stéréotypes que certains lui attribuent peut-être parce qu’ils n’ont pas lu les albums, est une jeune femme débrouillarde, généreuse, inventive, candide avec une pointe de naïveté et de maladresse qui la rende fort sympathique et amusante.

Et comme l'a très bien résumé Denis Podalydès : "Bécassine est une adulte qui a su conserver son âme d'enfant". 


A voir :  Bécassine !

Commentaires: 4
  • #4

    Anne (mercredi, 08 août 2018 15:55)

    Bonjour Corinne,

    Quelques points communs avec Bécassine en effet ! Merci pour le message et votre appréciation.
    Bel été à vous également , sans doute beaucoup de chaleur dans le Lot.
    Bien amicalement
    Anne

  • #3

    Corinne (dimanche, 05 août 2018 16:34)

    Bonjour Anne,

    En commun avec Bécassine : les trois dernières lettres de notre prénom , la région de naissance et sans doute la non-hésitation à nous déplacer à l'autre bout du pays pour trouver du travail !
    Pas mal n'est-ce-pas ?
    Je louerai le film dès sa sortie en ligne, D. Podalydès ayant du talent....vous m'avez tentée Anne.
    A très bientôt pour des nouvelles. Toujours du plaisir à vous lire,
    Amicalement du Lot et bel été,

    Corinne

  • #2

    Anne (vendredi, 03 août 2018 10:51)

    Chère Françoise
    Super la cure de Bécassine �
    Tu peux commencer par l'enfance de Bécassine et Bécassine nourrice est pas mal aussi.
    En attendant je te souhaite de très bonnes vacances chez nos amis les british.
    Caresses à Minette. Bagheera te transmet ses ronrons les plus sincères.
    Grosses bises

  • #1

    Françoise la Voisine (jeudi, 02 août 2018 18:20)

    Merci Anne de si bien nous expliquer Bécassine! Plus qu'une idée en tête: courir au Passage acheter au moins un album! Voir le film que je n'ai pas vu! Bref, faire une cure de Bécassine...
    En attendant, j'ai ouvert une fillette de cidre (20cl), cidre breton bien sûr! La Normande que je suis n'est pas chauvine... En attendant ma cup of tea....

    Je t'embrasse bien fort et Minette te réserve un amical miaulement.