Le 5 mai 2019, ma grand-mère Augustine aura 100 ans - 1ere partie : son enfance -

 Augustine Le Dévic, que j'appelais affectueusement "Mémère Sittine", petite fille, a traversé le siècle et aura 100 ans le 5 mai 2019. Une longue vie qui débute à la fin de la première Guerre Mondiale au moment de la signature du Traité de Versailles à Paris et qui se poursuit au XXIème siècle dans un environnement à l'heure du tout numérique et de la mondialisation. Elle est le témoin d'une accélération incomparable de l'évolution des technologies, des modes de vie, des mentalités de la société française. 

Augustine naît le 5 mai 1919 dans un foyer modeste, au lieu-dit de l'Hôtellerie à Pleudihen-sur-Rance, village de 3 000 habitants situé sur la rive droite de la Rance à proximité de Dinan dans les Côtes d'Armor. Son papa Marie-Ange est cantonnier, et sa maman Augustine, née Porcon, a été domestique chez Marie-Thérèse Exbourse au lieu-dit de l'Hôpital avant son mariage. Même prénom que sa maman car il était d'usage à cette époque que les parents transmettent leur prénom à leur progéniture. Augustine était très attendue car sa maman se désespérait de ne pas devenir mère et priait régulièrement la Vierge Marie pour qu'elle exauce son vœu. Vœu qui ira au-delà de ses espérances puisqu'elle mettra au monde 11 enfants dont un bébé, Francis qui mourut à 27 jours plus un autre qu'elle perdra en couches. Les moyens contraceptifs n'étaient pas connus dans les campagnes bretonnes du début du XXème siècle. Pas plus qu'il n'existait d'aides publiques pour les familles nombreuses comme les allocations familiales d'aujourd'hui. Seule reconnaissance de l'Etat pour les familles de plus de quatre enfants : la médaille de la famille nombreuse instituée en 1920 par le gouvernement de Paul Deschanel sous la IIIème République. La famille Le Dévic l'obtint dans les années 40 et en récompense un portrait du Maréchal Pétain vint orner les murs de la cuisine.  

Au début des années 20, avec les naissances successives, la famille s'installa dans une maison plus confortable à la Saudrais. La place d'aînée de la petite Augustine appelée par ses parents" la grande", bien que seulement âgée d'un an de plus que son frère Marcel, le deuxième enfant de la fratrie, a été un lourd fardeau. Secondant sa mère dans l'éducation de ses frères et sœurs et dans l'accomplissement des tâches ménagères, la petite Augustine était bien souvent mise à contribution ce qui ne lui laissât pas le temps de vivre l’insouciance et les jeux de l'enfance. Sollicitée par ses copines Thérèse Marcel et sa sœur Eugénie dite "Nini" pour aller jouer le dimanche après-midi tout en gardant les vaches, elle n'avait pas souvent l'autorisation de les accompagner,  occupée à cirer les parquets et l'escalier de la maison. Pas le temps non plus de se consacrer à ses devoirs d'école. Elle était contrainte, dès l'âge de 7 ans, en rentrant de l'école le soir, de retourner à l'épicerie à pieds, seule, dans la nuit noire et à travers champ, chercher une tétine par si, un peu de sucre par là ce qui lui causait une grande frayeur et la marqua durablement. Son père compréhensif s'opposa à de nombreuses reprises à la dureté de son épouse envers sa fille aînée. Cela sera sans doute le seul grand point de désaccord entre les parents d'Augustine. Ma grand-mère gardera le regret de n'avoir pas été apte pour passer son certificat d'études : l'éducation des filles était négligée au détriment de  celle des garçons. De même, la considération voire peut-être l'amour maternel n'était pas égale si l'on naissait fille ou bien garçon. Autre temps, autre façon de limiter l'émancipation des femmes. Et pourtant, la grand-mère d'Augustine, Jeanne-Marie Besnard, ne manqua pas d'en faire preuve.Veuve, elle défraya la chronique en se remariant le 27 avril 1929 à l'âge de 66 ans avec Joseph Goasdoué de 8 ans son cadet après que celui-ci eut divorcé l'année précédente d'avec sa première épouse.

En 1931, à l'âge de 12 ans, Augustine eut le privilège de poser la première pierre de la maison que ses parents firent bâtir à Plouze par l'entrepreneur M. Gabillard, ami de Marie-Ange. Grâce à la loi Loucheur (votée le 13 juillet 1928 à l'initiative de Louis Loucheur Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale) par laquelle les particuliers pouvaient emprunter à taux réduit afin d'acheter un terrain et d'y faire construire un pavillon ou une maison, et grâce à M. Gabillard qui avança les coûts de construction, la famille Le Dévic eut la satisfaction et la fierté de devenir propriétaire. Belle demeure en granit possédant deux étages, elle se situe en face de la voie de chemin de fer et de la maisonnette de la garde-barrière du passage à niveaux situé à la sortie du bourg de Pleudihen en direction de Dinan. En 1914, pratiquement toute la Bretagne était reliée au réseau ferroviaire et rares étaient les villages situés à plus de 10km d'une gare ce qui permit le désenclavement de la province en facilitant le transport des marchandises et des voyageurs. A Pleudihen, la gare fut mise en service en 1879 par la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest située sur la ligne de Lison à Lamballe.  Marie-Ange en tant que cantonnier allait travailler à vélo jusqu'à Plouër, il avait aussi la charge de l'entretien des voies de chemin de fer de Pleudihen. Au passage des machines à vapeur, et autres michelines, il saluait chaque chauffeur d'un grand signe de la main. Ce dernier avait pour mission la conduite du feu c'est à dire d'alimenter en charbon et en eau la chaudière de la locomotive. Augustine adorait son père : il était facile à vivre, farceur et très sociable. Souvent entouré de chiens dont Lulu qu'Augustine affectionnait particulièrement, de chats et d'oiseaux domestiques, Maire-Ange aimait la présence des enfants. Tous les dimanches matins après la messe, les amis et voisins passaient à la maison dire bonjour et prendre le café : deux grandes cafetières pleines de café fumant les attendaient. Les parents d'Augustine étaient reconnus dans tous les environs pour leur chaleureux accueil. Les Noëls comme les anniversaires se passaient sans cadeaux pour Augustine et ses frères et sœurs. Une orange à Noël, et les étrennes au Nouvel An constituées de quelques pièces qu’ils recevaient de Mme Aroir la voisine lorsqu'ils allaient lui souhaiter la bonne année. Peu de gâteries mais la transmission de valeurs parentales qui allaient  guider Augustine toute sa vie : honnêteté, générosité, persévérance, hospitalité et force de travail.

Augustine, comme beaucoup de jeunes filles, aimait les toilettes. Sa tante Marthe, une des sœurs de son papa, cuisinière, "montée" à Paris, dans les années 1910, ne pouvait lui faire un plus grand plaisir en lui offrant un manteau avec le col en fourrure de la dernière mode, acheté au grand magasin Au bon Marché situé rue de Sèvres dans le 7ème arrondissementEn 1935, l'amie d'enfance de la mère d'Augustine, Cécile Grison, employée dans une pharmacie à Dinard, station balnéaire déjà très en vogue avec ses  magnifiques villas, propose qu'Augustine soit placée au mois de septembre comme domestique chez le médecin M. Dufour et sa famille, à Dinard. Une nouvelle existence s'offrit à Augustine...

 

Anne Forest

 


Ma grand-mère et sa famille au temps de sa jeunesse


La maison de Plouze et son environnement aujourd'hui


Sources

-D'après les souvenirs de ma grand-mère Augustine Gilbert née Le Dévic.

-Histoire illustrée de la Bretagne et des Bretons -Joël Cornette -Ve- XXIème siècle Le Seuil 2015

 

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Commentaires: 7
  • #1

    valerie (dimanche, 31 mars 2019 05:44)

    Bonjour ma chère Anne,

    Très bel hommage à ta grand-mère ...toujours aussi sympa à découvrir !
    Embrasse-la bien fort de ma part.
    Gros bisous à toi aussi, bon courage pour toutes ces belles écritures !

  • #2

    LE DEVIC Bernard (dimanche, 31 mars 2019 11:30)

    Coucou Anne, beaucoup de plaisir et même de l’émotion quand j’ai découvert des photos de mes grands parents et mon papa enfant� . Merci !!!Gros bisous. Bernard

  • #3

    MICHELE BASSET (dimanche, 31 mars 2019 22:49)

    COUCOU ANNE
    MERVEILLEUX CE QUE TU ME FAIS VIVRE QUE DE TRAVAIL POUR TOI .CELA M À FAIT TRÈS PLAISIR ET AUSSI TRÈS ÉMOUVANT.
    TU EMBRASSERAS TANTE AUGUSTINE POUR MOI AINSI QUE TES PARENTS.
    JE TEMBRASSE
    MICHELE BASSET

  • #4

    Anne Forest (lundi, 01 avril 2019 10:00)

    Chère Valérie,
    Je te remercie de ton message. J'espère que tout va bien pour toi.
    Je ne manquerai pas de transmettre à ma grand-mère tes bises.
    A très bientôt
    Je t'embrasse

  • #5

    Corine (mercredi, 10 avril 2019 18:58)

    Bonjour Anne,

    Une journée de repos donc un temps de lecture en ta compagnie à travers ce récit touchant de l'enfance de ta grand-mère Augustine. Bel hommage à l'occasion de son anniversaire et quel cadeau ! De son vivant, c'est une belle preuve de ton affection pour elle. Bravo. Vivement la suite.
    Amitiés

  • #6

    Anne Forest (jeudi, 11 avril 2019 17:34)

    Bonjour Corinne,

    Je te remercie de ton passage. Des mots qui sonnent justes et des appréciations toujours aussi sympathiques qui me font plaisir.

    Amicalement

  • #7

    JOURNEE Alexandre (jeudi, 18 avril 2019 22:18)

    Bonsoir ANNE, pour la première fois j'ai réussi à lire ce beau message et j'en suis ravi , c'est très agréable ce que tu peux nous faire vivre en découvrant toutes les photos de ma maman enfant et celles de mes oncles et tantes merci à toi, tu embrasseras tante AUGUSTINE de ma part ainsi que tes parents.
    je t'embrasse
    Alexandre
    ps: désolé de n'avoir pas réussi à m'inscrire